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mardi 18 mai 2021

Les cellules souches : le bon, la brute et le truand

 

 

 Les cellules souches : le bon, la brute et le truand

Rencontrer le chef d’orchestre de vos tissus

La professeure en immunologie et en biologie cellulaire Véronique Giroux, travaillant en laboratoire avec une étudiante.
La professeure en immunologie et en biologie cellulaire Véronique Giroux, travaillant en laboratoire avec une étudiante.
Photo : Martin Blache - UdeS

Pouvant jouer à la fois le rôle du bon, de la brute et du truand, ce maestro serait à l’origine de la vie et la raison pour laquelle nous le restons au quotidien. Mais à qui appartient ce titre de chef? Il s’agit de la cellule souche!

Comme les chefs d’orchestre, les cellules souches ont plusieurs responsabilités et doivent maintenir l’harmonie. Elles sont d’ailleurs la raison pour laquelle nous pouvons fonctionner au quotidien. Inflammation, brûlure ou reflux gastrique : ces dommages à votre corps seront réparés grâce aux cellules souches qui s’activeront et produiront de nouvelles cellules.

Ce type de cellule, nous en avons dans tous nos organes. Si tu fais une crise de foie, cette cellule souche dans le foie va se réveiller et va donner naissance à de nouvelles cellules pour réparer les dommages que tu peux avoir, comme de l’inflammation.

Véronique Giroux, professeure en immunologie et en biologie cellulaire et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la biologie des cellules souches gastro-intestinales


Les cellules embryonnaires et les cellules somatiques représentent les deux grands principaux types de cellules souches. Présentes dans les premiers stades de développement de l’embryon, les premières, les « multi-instrumentalistes », sont capables de créer tous les différents types de cellules qui constitueront le fœtus. Les deuxièmes, les « adultes », sont plutôt dévouées à la pratique d’un seul instrument, d’un seul organe. Un saxophoniste ne peut créer le son de la flûte, comme une cellule souche dans l’intestin ne peut créer une cellule pour le cœur.

Mauvaise interprétation

Véronique Giroux est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la biologie des cellules souches gastro-intestinales.
Véronique Giroux est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la biologie des cellules souches gastro-intestinales.
Photo : Martin Blache - UdeS

Le rôle de chef d’orchestre apporte certainement son lot de responsabilités et de tâches méticuleuses. « Attendez… allez-y! ». L’une d’elles est de donner les indications pour le rythme et la puissance.

Le gros défi dans la recherche sur les cellules souches, c’est de trouver l’équilibre. Parce que, oui, nous voulons qu’un tissu se récupère plus vite, pour que la clientèle patiente se porte mieux, mais nous ne voulons pas non plus que ça prolifère trop.

La capacité de proliférer en grande quantité est l’une des qualités des cellules souches! Mais, qu’arrive-t-il si elles orchestrent mal cette prolifération et créent un déséquilibre?

Lorsqu’elles prolifèrent, qu’elles se divisent pour créer de nouvelles cellules, il est possible qu'une erreur d’interprétation se produise dans la réplique de l’ADN (le contenu génétique de la cellule). Plus les cellules se divisent et créent de nouvelles cellules, plus il y a de risques d’avoir des erreurs et de créer une mutation qui pourrait donner naissance à une tumeur.

Une évolution suraiguë

Malheureusement, les cellules souches ne font pas que de bonnes choses. Vous connaissez peut-être une personne qui a vaincu un cancer, mais quelque temps après, l’apparition d’une nouvelle tumeur est venue y mettre un bémol. Les coupables? Les cellules souches dites cancéreuses, qui, souvent, résistent aux traitements classiques contre le cancer, tels que la radiothérapie et la chimiothérapie.

Les cellules souches cancéreuses seraient capables de donner naissance à la tumeur et lui permettraient de proliférer, de devenir de plus en plus grosse. Lorsque l’on utilise de la chimiothérapie et de la radiothérapie, le traitement tuerait la majorité des cellules, mais pas les cellules souches. Donc, elles seraient encore là, puis il y aurait à un moment donné des signaux qui font qu’elles se réveilleraient et donneraient naissance à une deuxième tumeur.

Les personnes qui reçoivent un diagnostic de cancer de l’œsophage font partie de celles qui résistent souvent aux traitements. La radiothérapie et la chimiothérapie auraient le potentiel de ne fonctionner que pour les deux tiers de cette clientèle patiente. Avec un taux de survie en deçà de 15 %, ce cancer est considéré comme très fatal. Ainsi, la professeure Giroux et son équipe ont décidé d’en faire la pierre angulaire de leurs recherches sur les cellules souches.

Pour ce type de cancer, nous essayons de voir si nous pourrions trouver des médicaments qu’on utilise déjà pour d’autres pathologies ou de nouveaux qui nous permettraient de tuer les cellules souches ou, du moins, d’améliorer leur sensibilité à la radiothérapie. 

Réorchestrer les cellules pour la thérapie

Toutefois, il est possible de terminer sur une bonne note. Plusieurs membres de la communauté de recherche se sont fait entendre sur la possibilité de considérer les cellules souches comme cible thérapeutique. D’ailleurs, il serait possible de prendre une cellule souche de la peau et de la reprogrammer pour qu’elle redevienne une cellule embryonnaire pour ensuite lui faire composer un autre tissu que la peau, un enchaînement que nous nommons l’ingénierie tissulaire!

Ce sujet a piqué votre curiosité?
La professeure Véronique Giroux et le professeur François Boudreau de l’Université de Sherbrooke sont responsables d’un colloque sur le sujet. Les cellules souches : le bon, la brute et le truand se tiendra le 7 mai dans le cadre du congrès annuel de l’Acfas, plus grand rassemblement multidisciplinaire du savoir et de la recherche de la francophonie, qui se déroulera du 3 au 7 mai 2021.