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dimanche 8 juin 2014

Pourquoi les baleines s'échouent-elles sur les côtes ?


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  • Chaque année, des dizaines de cétacés s'échouent sur les rivages. Toujours spectaculaires, ces phénomènes, dont on trouve des traces dans des récits datant de l'Antiquité, restent pourtant encore empreints de mystère pour les scientifiques.
  • Les raisons et hypothèses avancées diffèrent selon les mammifères, les côtes, et surtout, le type d'échouage, qu'il s'agisse de quelques individus isolés ou de groupes entiers. 
  • Malnutrition ou maladies
La semaine dernière, des scientifiques réunis lors d'une conférence à Perth ont avancé la raison de la malnutrition pour expliquer la forte augmentation des échouages individuels de baleines à bosse sur les côtes occidentales de l'Australie. Alors que deux à trois de ces mammifères s'échouaient chaque année entre 1989 et 2007, leur nombre a grimpé à 13 en 2008, puis à 46 en 2009.
« Des examens post-mortem et l'analyse de la quantité de graisse dans des échantillons de chair ont montré que la plupart des jeunes étaient dans un état de grave malnutrition, explique Carly Holyoake, de l'université Murdoch. La plupart avaient un niveau très faible de graisse, indispensable pour l'énergie, la régulation thermique et la capacité à flotter. » Les raisons de ces carences pourraient être l'intensification de la pêche commerciale au krill, élément-clé du régime alimentaire des baleines, et l'influence, encore mal connue, du réchauffement climatique sur les quantités de ces petites crevettes dans les eaux.
 Les échouages individuels peuvent aussi survenir lorsque les dauphins, baleines, marsouins ou phoques sont égarés, désorientés, malades ou victimes d'une infection. Pendant l'été 2013, des centaines de dauphins ont par exemple été infectés par des morbillivirus, des virus très contagieux qui provoquent des lésions de l'appareil respiratoire et du système nerveux. Affaiblis et désorientés, les mammifères sont alors venus mourir sur la plage.
  • Problèmes d'orientation
D'autres mécanismes sont à l'œuvre dans le cas des échouages massifs, qui voient plusieurs individus en bonne santé, essentiellement les baleines-pilotes (aussi appelées globicéphales, qui sont en réalité une espèce de dauphins), les cachalots ou les baleines à bec, s'échouer dans un même secteur géographique et lors du même cycle de marée.
Les problèmes d'orientation sont évoqués en premier lieu. En cause : des défaillances du système d'écholocation des mammifères qui, sur le principe du sonar, consiste à émettre des ondes acoustiques renvoyées lorsqu'elles heurtent un obstacle, leur permettant de se déplacer, communiquer ou repérer des proies.
Le système d'écholocation des dauphins.Le système d'écholocation des dauphins. | DR
« Nous ne savons pas encore expliquer ces défaillances, prévient Willy Dabin, biologiste au Centre de recherches sur les mammifères marins de La Rochelle. Il pourrait s'agir d'une 'zone morte acoutisque', où les ondes envoyées ne reviennent pas, ou bien d'anomalies dans les champs géomagnétiques auxquels les animaux pourraient être sensibles. »
  • Topographie complexe
Les cétacés s'approchent des côtes à différents moments de l'année, notamment pour chasser. S'ils pénètrent dans des passages complexes ou des baies en forme de crochet, comme celle de Cape Cod, sur la côte est des Etats-Unis, ils peuvent être désorientés et se retrouver emprisonnés par les changements de marées.
Les scientifiques ont aussi observé des similitudes entre les fonds marins des endroits du monde qui enregistrent le plus d'échouages collectifs, à savoir certaines plages de Nouvelle-Zélande, d'Australie, des Malouines et de Cape Cod : il s'agit souvent de fonds plats, sablonneux ou boueux, en pente douce, qui pourraient nuire à la capacité d'orientation des animaux.
  • Perturbations acoustiques
Les sonars, notamment basses fréquences, utilisés par les navires militaires sont également pointés. Selon une étude réalisée sur des baleines bleues, publiée dans la revue scientifique Proceedings of the Royal Society en juillet 2013, ces ondes sonores pourraient dérégler l'oreille interne des cétacés et leur capacité à évaluer la profondeur de l'eau. Paniquées, les baleines remonteraient trop vite à la surface, ce qui provoquerait des accidents de décompression et des embolies gazeuses, comme pour les plongeurs qui ne respectent pas les paliers lors des remontées.
L'échouage d'une centaine de dauphins d'Electre près de Madagascar, en 2008, a ainsi été attribué par un panel d'experts à l'utilisation d'un sonar de cartographie à haute fréquence par la compagnie pétrolière ExxonMobil – qui a rejeté ces conclusions.
  • Interactions sociales
« Tous ces facteurs peuvent expliquer que certaines baleines s'échouent, mais ce qui pousse un groupe entier à les suivre, ce sont les interactions sociales qui les unissent », explique Marc Oremus, biologiste à l'ONG de Nouvelle-Calédonie Opération cétacés, et l'un des principaux auteurs d'une étude sur les échouages massifs publiée dans la revue Journal of Heredity en mars 2013.
Le scientifique, qui était alors chercheur à l'université d'Auckland en Nouvelle-Zélande, a recensé l'ADN de 490 baleines-pilotes lors de douze épisodes d'échouage en Australie et en Nouvelle-Zélande. Résultat : les dauphins échoués ensemble n'ont pas tous des liens de parenté, les petits pouvant se trouver très loin de leur mère. Mais tous appartiennent au même groupe.
« Les baleines-pilotes sont des animaux grégaires, qui vivent toute leur existence dans les mêmes groupes de quinze à vingt individus, articulés autour d'un axe matriarcal, poursuit Marc Oremus. Cet instinct social les pousse à suivre les autres individus jusqu'à l'échouage. Si on les remet à l'eau, ils reviendront s'échouer tant que leurs congénères seront sur la plage. » Le sauvetage des baleines échouées doit donc débuter par la remise à l'eau des meneurs.

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