Bon pour la santé l’alcool? Pour répondre à cette question, il faut prendre en considération bien des facteurs : combien on boit, de quelle façon et à quel âge. La réponse varie
aussi selon les organes du corps et le type de maladies auxquels on
s’intéresse. Les conclusions des scientifiques ne sont pas les mêmes
pour les maladies cardiovasculaires et pour le cancer, par exemple. |
Une chose est certaine, l’alcool ne peut avoir des effets bénéfiques qu’à
certaines conditions. La consommation doit être de légère à modérée :
un verre par jour pour les femmes, un à deux pour les hommes.
Les personnes plus âgées, parce que leur organisme métabolise l’alcool
moins rapidement, devraient également limiter leur consommation à un
verre par jour.
De plus, l'effet protecteur de l'alcool ne touche pas les jeunes. Il se
manifeste chez les hommes à partir de la quarantaine; et chez les
femmes, à partir de la ménopause, c'est-à-dire au moment où le risque de
maladies cardiovasculaires augmente. Les bienfaits sur la santé d'une
consommation modérée d'alcool sont le plus évidents chez
les personnes âgées de 60 ans et plus1.
Et
pour profiter des bienfaits de l’alcool, il faut aussi étaler sa
consommation. Boire sept verres de vin au cours d’une seule soirée
n’équivaut pas du tout à consommer un verre par soir, durant une
semaine. Qui plus est, boire à l’occasion des repas serait préférable
pour la santé, plutôt que boire à jeun.
Si boire un peu c’est bien, est-ce que boire beaucoup c’est mieux? Absolument pas. Au-delà des limites recommandées,
la consommation d’alcool augmente les risques de nombreuses maladies :
troubles cardiovasculaires, nombreux types de cancers, cirrhose du
foie, etc. C’est sans parler des risques de chutes et d’accidents
lorsqu’on conduit en état d’ébriété.
PasseportSanté.net vous
propose de faire le tour de la question. Attention : il ne sera pas
question ici d’alcoolisme, qui est un sujet et un problème de santé en
soi.
Les maladies cardiovasculaires
« Le
vin rouge protège la santé du coeur et des vaisseaux sanguins. » Cette
recette magique, on l’entend partout. Elle fait le bonheur des amateurs
des plaisirs de la table. Mais est-elle fondée? Les scientifiques ont
multiplié les études pour départager le vrai du faux.
Pour y voir clair, ils ont regardé séparément les maladies coronariennes et les
accidents vasculaires cérébraux (AVC).
Les maladies coronariennes
Les maladies coronariennes sont causées par un rétrécissement des artères du coeur. Le dépôt de
plaques athéromateuses
dans les vaisseaux sanguins empêche le sang de circuler librement. Le
coeur ne reçoit plus suffisamment d’oxygène pour fonctionner
normalement, ce qui peut mener à l’angine ou à l’infarctus.
Que disent les recherches à ce sujet? Essentiellement, qu’une consommation régulière, de légère à modérée, d’alcool assure
une protection partielle contre ces maladies, à partir de la quarantaine
2.
Les
raisons qui se cachent derrière cet effet protecteur sont complexes. On
sait, par exemple, que l’alcool augmente le taux de bon cholestérol
dans le sang, ce qui aide à réduire la formation des plaques
athéromateuses. En outre, la prise d’alcool éclaircit le sang dans les
heures qui suivent sa consommation, ce qui facilite la circulation.
Fait intéressant : c’est l’alcool lui-même et non les autres composants des boissons qui assurerait cette protection.
Le vin rouge ne serait donc pas plus avantageux que le vin blanc ou la bière.
Si la consommation faible à modérée d’alcool a un effet bénéfique,
la consommation excessive, elle, a l’effet inverse. Avec un verre ou deux par jour, la courbe des risques descend
3. Mais au-delà de cette limite, elle augmente en flèche.
L’accident vasculaire cérébral (AVC)
L’AVC
est causé par l’interruption du flot sanguin au cerveau, soit en raison
d’un caillot (accident ischémique) ou de la rupture d'un vaisseau
sanguin (accident hémorragique).
Comme dans le cas des maladies coronariennes, la consommation excessive d’alcool augmente clairement
le risque de subir un AVC. Les effets bénéfiques d’une consommation légère à modérée sont toutefois moins évidents.
Selon
certaines études, la consommation raisonnable d’alcool aurait un effet
protecteur contre les accidents ischémiques, puisqu’elle réduirait le
risque de formation de caillot
4-5. Elle pourrait toutefois augmenter
le risque d’accident hémorragique, probablement en raison de son effet éclaircissant sur le sang
6. En effet, un sang très liquide se répandrait plus rapidement dans l’organisme.
Et le vin rouge?
Le
vin rouge a-t-il un effet protecteur contre le cancer? On aimerait bien
le croire! Certaines molécules contenues dans la peau des raisins, sous
l’effet de la fermentation, fabriquent des propriétés antioxydantes
bénéfiques. À ce jour, cependant, leur effet protecteur contre le cancer
n’a pas été prouvé scientifiquement7. Ces recherches sont
encore au stade préliminaire. Chose certaine, la consommation de grandes
quantités de vin rouge ne peut être perçue comme une source de
protection contre le cancer. Les risques excèdent de loin les avantages. |
Le cancer
Si
les découvertes scientifiques laissent entrevoir des effets bénéfiques
d’une consommation modérée d’alcool sur la santé cardiovasculaire, les
nouvelles ne sont pas aussi bonnes en ce qui concerne le cancer. À ce
jour,
aucun effet protecteur n’a été démontré. Au contraire. Les
liens entre la consommation d’alcool et certains types de cancers —
bouche, gorge, larynx, oesophage, sein, foie et colorectal — sont
clairement prouvés, et ce, même si on boit
avec modération8.
Bouche, gorge, larynx, oesophage
Plusieurs
recherches ont montré que la consommation d’alcool augmentait le risque
de souffrir d’un cancer de la bouche, de la gorge, du larynx ou de
l’oesophage
9. On soupçonne le contact direct entre l’alcool —
les molécules d’éthanol — et les cellules qui tapissent ces régions du
corps d’être en cause. En effet, l’alcool endommagerait, voire
détruirait certaines cellules. Une portion des cellules « remplaçantes »
pourraient receler des mutations, responsables de cancers.
En outre, certaines bactéries qu’on trouve dans la bouche peuvent briser les molécules d’alcool pour former des molécules d’
acétaldéhyde.
Ces dernières peuvent également endommager ou détruire les cellules qui
tapissent la portion supérieure des voies respiratoires et du tube
digestif.
Selon les recherches, plus on consomme d’alcool,
plus le risque d’être atteint d’un de ces cancers est élevé.
Une consommation « plancher », en dessous de laquelle la prise d’alcool
ne poserait aucun risque, n’a pas encore été démontrée. Boire de
l’alcool à l’occasion des repas semble toutefois préférable à la prise
d’alcool à jeun. En outre, les risques augmentent considérablement
lorsque l’on combine alcool et tabagisme.
Sein
Grâce à de grandes études épidémiologiques, on commence à faire la lumière sur les liens entre l’alcool et le cancer du sein.
Les observations récentes invitent à la prudence.
La consommation d’alcool, même modérée, augmenterait substantiellement
les risques. Et de façon plus importante une fois passée la ménopause.
Aux
États-Unis, le National Cancer Institute a analysé les dossiers
médicaux de plus de 180 000 femmes post-ménopausées. Les résultats ont
été révélés en avril 2008. Les femmes qui consommaient en moyenne un ou
deux verres d’alcool par jour avaient 32 % plus de risque d’être
atteintes d’un cancer du sein que celles qui ne buvaient pas. Les femmes
qui prenaient trois verres ou plus par jour voyaient leur risque
augmenter de 51 %. Le type d’alcool consommé (vin, bière ou spiritueux)
ne semblait avoir aucune influence sur la formation de la maladie
10.
Les
chercheurs croient que l’alcool pourrait agir sur les taux d’oestrogène
dans le sang. Cependant, les mécanismes physiologiques qui lient alcool
et cancer du sein n’ont pas encore été entièrement élucidés.
Cancer colorectal
Plusieurs
études ont confirmé la relation entre la consommation d’alcool et le
cancer colorectal (du côlon ou du rectum). Au Royaume-Uni, par exemple,
l’analyse de 480 000 dossiers médicaux a révélé que boire une pinte de
bière ou un grand verre de vin par jour augmentait les risques de 10 %
11.
Bien
que l’association soit clairement établie, il n’est pas clair que la
prise d’alcool seule est suffisante pour causer la maladie. Le mélange
de l’alcool à une mauvaise alimentation, à la sédentarité et au
tabagisme serait plutôt en cause.
Foie
La
consommation d’alcool est l’un des principaux facteurs de risque de
cancer du foie. Boire de façon excessive endommage les tissus et peut
mener à la
cirrhose. Or,
le cancer du foie est l’une des complications fréquentes des cas de cirrhose.
Les fonctions cognitives
Boire
un verre de trop nuit au bon fonctionnement du cerveau. Une
consommation légère à modérée, toutefois, pourrait avoir un effet
protecteur contre
le déclin des fonctions cognitives — mémoire, concentration,
etc. —, spécifiquement chez les personnes âgées. Des recherches plus
poussées seront cependant nécessaires pour confirmer ces résultats
préliminaires
12.
La consommation excessive, quant à
elle, entraîne de sérieux problèmes cognitifs qui sont bien démontrés. À
long terme, elle peut entraîner des troubles de la mémoire, d’attention
ou de concentration.
Le diabète de type 2
Selon
certaines études scientifiques, une consommation régulière, légère à
modérée, d’alcool pourrait diminuer de 33 % à 56 % les risques d’être
atteint de diabète de type 2
13. Cette maladie survient
lorsque le corps est incapable d’utiliser normalement l'insuline pour
métaboliser le sucre, ou le glucose sanguin adéquatement. Dans la
majorité des cas, le diabète de type 2 apparaît une fois passé l’âge de
40 ans. Selon les chercheurs, l’alcool rendrait les cellules du corps
plus sensibles à l’action de l’insuline, facilitant ainsi le métabolisme
du glucose.
À noter que, chez les personnes dont la consommation
d’alcool dépasse le seuil de la consommation modérée, les chercheurs ont
découvert que
la résistance à l’insuline augmentait, tout comme le risque d’être atteint de diabète de type 2
14.
La grossesse et l’allaitement
On
entend parfois dire qu’un verre d’alcool à l’occasion ne peut pas faire
de tort au foetus. Ou au contraire, que même une consommation modérée
peut être nocive pour le sain développement de l’enfant à venir. La
vérité, c’est que
la science n’a pas encore tranché la question avec certitude. En cas de doute, mieux vaut faire preuve de prudence.
Les
experts recommandent de réduire sa consommation d’alcool dès le moment
où l’on tente de concevoir un enfant et, idéalement, d’arrêter
complètement de consommer de l’alcool. Durant la grossesse, s’abstenir
de boire constitue aussi le choix le plus sûr.
Pendant
la période d’allaitement, les nouvelles mamans devraient aussi
s’abstenir
de consommer de l’alcool. Celles qui choisissent de boire devraient se
limiter à un verre et compter deux heures avant de donner le sein.
Une
consommation excessive d’alcool durant la grossesse peut s’avérer
dangereuse pour le foetus. L’embryon serait particulièrement vulnérable
durant les trois premiers mois de gestation
15.
En deux mots
Une
consommation régulière et modérée d’alcool pourrait avoir certains
bienfaits pour la santé, en ce qui concerne les maladies
cardiovasculaires, le diabète de type 2 et le déclin cognitif chez les
personnes âgées.
La recherche laisse entrevoir d’autres effets favorables.
Une consommation régulière et modérée d’alcool pourrait réduire les
problèmes de rhumatismes, d’arthrite, de calculs rénaux et certaines
infections. Il ne s’agit que de résultats préliminaires toutefois. Ces
effets restent encore à confirmer.
Peu importe ses bons côtés, la consommation d’alcool ne pourra jamais compenser
le manque d’exercice, une mauvaise alimentation et le tabagisme. Un mode de vie sain demeure la stratégie à privilégier pour se prémunir contre les maladies qui nous guettent.
Si vous ne buvez pas d’alcool,
ne songez pas à vous y mettre simplement pour profiter de ses quelques bienfaits.
Le jeu n’en vaudrait pas la chandelle. « Après tout, on consomme de
l’alcool pour le plaisir et par choix personnel, pas comme médicament »,
fait valoir l’organisme Éduc’alcool
16. Parlez plutôt avec
votre médecin de vos inquiétudes de santé et envisagez de vous mettre à
la marche, au vélo... ou aux légumes!
Recherche et rédaction : Dominique Forget
Dossier publié le 1er décembre 2008
Mis à jour le 11 mars 2009
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