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vendredi 4 novembre 2016

Êtes-vous un journaliste? La police qui vous espionne pour identifier vos sources !



Le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) a placé sous surveillance le iPhone du chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé afin de connaître l'identité de ses interlocuteurs pendant plusieurs mois et de pouvoir le localiser avec le GPS intégré.
Au moins 24 mandats de surveillance concernant le téléphone ont été accordés par la justice depuis le début de l'année, à la demande de la section des Enquêtes spéciales de la police, selon La Presse. Cette section est chargée de réprimer le crime au sein même des forces de l'ordre.
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"J'étais incrédule, je ne croyais pas que ça se pouvait, a confié Patrick Lagacé en entrevue à La Presse canadienne. Mon collègue Daniel Renaud m'avait dit qu'il entendait mon nom pour des histoires de dévoilement de la preuve dans l'histoire des quatre policiers arrêtés l'été dernier. La Presse a décidé d'envoyer un avocat pour parler au procureur de la Couronne, et c'est là qu'on a su l'ampleur de ce que le SPVM a fait en matière d'espionnage de mon téléphone, avec l'assentiment d'une juge."
Trois des mandats ont permis d'obtenir les numéros entrants et sortants de l'appareil, tant pour les appels que les messages textes. Un mandat de localisation a aussi permis aux policiers du SPVM d'activer la puce GPS du iPhone de Patrick Lagacé afin de savoir exactement où il se trouvait, ont admis deux enquêteurs responsables du dossier.
C'est la juge de paix Josée de Carufel, de Montréal, qui a autorisé la majorité des mandats de surveillance. Les mandats ont été demandés et obtenus dans le cadre du "Projet Escouade" qui portait sur des allégations de fabrication de preuve par des enquêteurs spécialistes des gangs de rue et du trafic de drogue. Cinq policiers ont été arrêtés cet été à l'issue de l'enquête, et deux ont été accusés.
L'un des policiers visés dans Escouade était Fayçal Djelidi. En surveillant le cellulaire de ce dernier, la section des Enquêtes spéciales du SPVM a détecté des contacts entre le policier et Patrick Lagacé, ont expliqué les enquêteurs Iad Hanna et Normand Borduas, responsables du dossier.
Le patron sortant des Affaires internes du SPVM, Costa Labos, a affirmé à La Presse avoir donné son feu vert à ce moyen d'enquête. Il a refusé de révéler si le chef de police Philippe Pichet a été informé de la mise sous surveillance de l'appareil. M. Labos a aussi affirmé qu'"à sa connaissance", aucun autre journaliste n'avait fait l'objet de surveillance du SPVM dans les dernières années, mais sans pouvoir "le garantir".
M. Lagacé juge que les raisons invoquées par le SPVM, à savoir faire avancer une enquête interne, ne sont pas crédibles. "Il y a un contexte de chasse aux sorcières à la police de Montréal, où elle cherche à savoir qui parle à des journalistes, estime-t-il. Je crois que dans une des enquêtes criminelles sur un policier, on a soupçonné que ce policier parlait à un journaliste, et que le SPVM a vu là un prétexte fantastique pour espionner un journaliste. Et ils ont trouvé une juge qui a été assez stupide pour émettre un mandat et leur permettre de faire ça."
M. Lagacé rappelle qu'il n'est pas un journaliste d'enquête: il écrit des chroniques et critique des institutions. "S'ils ont fait ça à un journaliste qui ne fait pas d'enquête, imaginez ce qu'ils font à des vrais journalistes d'enquête", a-t-il dit.
Selon lui, l'affaire est un recul pour la liberté de la presse. "Si on vit dans une société où les journalistes sont espionnés par l'État simplement pour s'assurer que des sources ne leur parlent pas et pour trouver ces sources, c'est un recul pour l'exercice de la liberté de presse. Et ça donnera une société qui devra se fier uniquement à la version officielle qu'on trouve dans les communiqués de presse, ce qui est une partie incomplète de la vérité", a-t-il ajouté.
Le vice-président à l'information de La Presse, Éric Trottier, a également dénoncé l'opération, qui "constitue une attaque sans équivoque contre l'institution qu'est La Presse et contre toute la profession journalistique".
De son côté, le parti Projet Montréal demande au chef de police Philippe Pichet de se retirer temporairement de ses fonctions. Le maire Denis Coderre doit réagir plus tard en après-midi.
Le SPVM a annoncé vendredi que l'inspecteur-chef Labos avait été muté des Affaires internes vers la division des communications opérationnelles et informations policières, qui gère notamment les télécommunications du service de police. Rien n'indique qu'un lien existe entre cette décision et la mise sous surveillance du cellulaire de Patrick Lagacé.
Cet été, le policier avait lui-même fait l'objet d'une enquête criminelle en lien avec une traque aux fuites médiatiques. Aucune accusation n'a finalement été déposée contre lui.



Edward Snowden commente la surveillance de Patrick Lagacé par le SPVM

 Êtes-vous un journaliste? La police qui vous espionne pour identifier vos sources, ce n'est plus hypothétique. Ça se passe aujourd'hui.


Lundi matin, le célèbre lanceur d'alerte Edward Snowden a commenté l'affaire sur Twitter.
Le tweet est accompagné d'un lien vers un article de Montreal Gazette rapportant les événements.
Le cas de Patrick Lagacé soulève l'épineuse question de la protection des sources journalistiques et des lanceurs d'alerte, une problématique très chère au coeur d'Edward Snowden.
Ce n'est pas la première fois que l'ex-employé de la NSA commente des controverses canadiennes. Il s'est récemment invité dans le débat entourant la loi C-51.
 Quelques heures après que sa situation d'espionnage a été dévoilée au grand jour, Patrick Lagacé ne mâche pas ses mots. Non seulement il est inacceptable selon lui qu'une juge de paix ait donné son accord pour plus de 20 mandats de surveillance concernant son téléphone cellulaire, mais il est aussi préoccupant que les policiers qui osent parler aux journalistes soient autant traqués par leurs confrères et supérieurs.On sait que des policiers se sont faits menacer de passer le détecteur de mensonge pour voir s’ils avaient parlé aux journalistes. Félix Séguin [journaliste à TVA Nouvelles et au Journal de Montréal] sait que la police dispose d’un logiciel pour essayer de croiser des numéros de téléphone de journalistes avec des comptes téléphoniques des policiers. Pour eux, parler à un journaliste c’est une faute grave.  
Pourquoi est-ce si important que des policiers aient le droit de parler aux journalistes?
Car il est question ici de démocratie, si le débat public n'est alimenté que par les informations officielles de l'État, on ne saura pas tout, les citoyens seront privés d'informations de haute importance. La démocratie recule et se fragilise.Ça confirme que police et politique vont de paire !

 



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